Les journalistes gastronomiques sont-ils toujours autant utiles pour les chefs ?

En quittant les fourneaux, les chefs font aussi maintenant du spectacle et de plus en plus à la télévision et dans les grands médias, en conséquence le public s’agrandit, et les rédactions envoient maintenant d’autres journalistes pour enquêter, même les magazines « people » couvrent l’actualité des marmitons, mais que reste-t-il aux vaillants journalistes ayant en plus de leur plume, un palais ?

Connaissez-vous des journalistes spécialisés exclusivement dans le domaine de la plomberie ?
Pour ma part, non, et pardon à ceux que je n’aurais pas identifiés, mais la vraie question : est-ce qu’expliquer au grand public comment déboucher une tuyauterie fait rêver ? Le métier est pourtant noble, souvent deux fois plus payé qu’un cuisinier ou maître d’hôtel, mais en France, allez savoir pourquoi, nous les préférons fantasmés et bodybuildés dans les magazines féminins.

Il y a encore une dizaine d’année, les journalistes qui poussaient les portes des restaurants étaient très spécialisés, ils avaient leur rubrique, dévorée ou snobée, mais les rédactions avaient et ont toujours l’obligation de représenter dans les colonnes de leur journal ou au cœur de leur rédaction, l’un des fleurons de la France : la gastronomie.

Puis le grand public en a demandé plus, émissions de TV comme Top Chef, Master Chef, Cauchemar en Cuisine, le Meilleur Pâtissier sont venues s’afficher dans le petit écran et aujourd’hui quand le cœur fait boum d’une comédienne pour un cuisinier, on en fait tout un plat.

Du coup, armé de leurs fourchettes et de leur plume, les journalistes professionnels de la cuisine qui n’avaient que leur « petite colonne », certains allant jusqu’à préciser que l’article faisait moins de 3 minutes pour le lire, travaillent toujours avec talents mais sont moins lus, ils ont en conséquence lancé leur blog pour devenir des marques propres.

Ils sont même devenus avec le temps, concurrents des blogueurs ou chacun pour exister souhaite sortir le scoop avant l’autre, le baromètre : le nombre de « like » ou de partage et la bonne blague annuelle de la sortie du Michelin, quitte à se tromper de Maison.

Avec le temps, nous assistons à une diminution d’articles de fond, sur l’avenir de notre patrimoine culinaire, la protection de nos producteurs ou encore l’évolution des savoir-faire, de sujets passionnants qui nous font réfléchir et réagir.
A l’inverse, multiples sont les bonnes veilles radio-web-casserole, qui polluent professionnels et lecteurs, et dont l’ego de l’émetteur est proportionnel à la quantité d’imprécisions énoncées.

C’est un fait, les chefs sont maintenant plus puissants avec leur compte twitter et leur page Facebook qu’une grande majorité de journalistes ou de blogueurs, les chefs ont maintenant leur propre public.

Au cœur de tous ces constats, c’est une chance pour une nouvelle ère de journalistes gastronomiques de considérer ces phénomènes comme un levier pour aborder des nouveaux angles et retrouver la superbe d’antan, car l’expertise manque à notre monde et les chefs sont une composante essentielle pour éclairer le plus grand nombre.

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