La sandwicherie française : l’ennemi du goût et de la santé

Au fil de mes déplacements, j’ai la sensation d’être un peu comme vous : nous réalisons des voyages à titre professionnel ou privé, et parfois, nos regards se croisent, nous échangeons un sourire, ou quelques mots dans la file d’attente d’une sandwicherie.

Car, oui, optimiser son temps pendant les correspondances, nous oblige à prendre des collations là où se passent les arrivées et les départs pour rejoindre nos familles, nos amis, nos collègues.

De mon point de vue, nous n’avons jamais eu autant de solutions pour créer de l’innovation dans la restauration rapide ou à emporter, et pour tout vous dire : je n’ai jamais aussi mal mangé.

Pain dur, fromage sans goût, viande piquée à l’hormone, menu déséquilibré, des saveurs exaucées devenues immondes, trop cuit, pas cuit, trop dur, trop mou, voire à gerber : c’est bien simple, je n’ai même pas besoin de citer le nom d’une enseigne, il n’y en a pas une pour rattraper l’autre.

Plus je fais des déplacements, plus je sais que je meurs à petit feu, englué dans un déséquilibre alimentaire détestable.

Comme si le seul enjeu des enseignes consistait à avoir le plus grand nombre de points de vente, à tirer au plus bas le prix des fournisseurs, et à payer grassement des emplacements. En somme, tout ce qui déstructure une chaîne de valeur, et qui induit une rémunération du personnel au lance-pierre.

La sandwicherie en France, c’est la course à la première place au registre du pire.

Franchement, moi je m’en moque de savoir si l’enseigne a le meilleur design, que l’on note mon nom sur un gobelet, que je doive commander sur une interface digitale : en réalité, ce qui m’intéresse, c’est de savoir si les professionnels de la vente à emporter prennent conscience de leur responsabilité au niveau de la santé de leurs clients, et plus particulièrement pour la jeune génération. Cette restauration est même devenue pour quelques-uns, le seul repas de la journée, et dans un contexte économique compliqué, la seule solution pour se nourrir car elle casse les prix. Je me demande si les dirigeants mangent chaque jour dans leurs enseignes : je ne pense pas, ou sinon ils sont démunis de palais…

Étonnamment, j’ai le sentiment de faire partie d’une majorité silencieuse qui ne souhaite plus subir. Alors oui, d’un point de vue matériel, nous ne pouvons pas aller dans un autre endroit pour consommer entre deux trains ou deux avions, ou dans une station-service… mais peut-être que l’heure a sonné pour expliquer, que les consomm’acteurs que nous sommes, savons que nous sommes contraints par un périmètre de consommation, mais aussi libres d’exprimer notre ressenti face à cette négligence d’offre.

Alors que faire ?

Des enseignes pourraient travailler avec des diététiciens.
• Si je choisis un type de sandwich, le vendeur me conseillerait la boisson et le dessert adéquates pour équilibrer les calories
• Aussi, il pourrait y avoir d’autres formes : le cordon bleu est à la mode, une vague de sandwich sans pain mais avec panure et différentes garnitures ne serait pas la solution ?
• La gamme des rouleaux de printemps classiques, pourrait être revisitée pour offrir des alternatives à la viande et au poisson
• Les sauces pourraient être maisons et mises au dernier moment dans le sandwich pour offrir à la fois du choix dans les saveurs et puis la liberté d’en avoir
• Un travail sur les croque-monsieurs serait peut-être aussi une solution
• Une traçabilité sur l’origine des produits serait au centre des affichages commerciaux pour mieux éclairer le consommateur
• Au lieu de vouloir absolument unifier les mêmes recettes dans toutes les régions, par grands territoires, il y aurait une ou plusieurs offres locales
• Toutes les farines des pains seraient bio et une grande majorité de produits aurait aussi cette dynamique
• Les tartes salées deviendraient une vraie offre pour offrir de la diversité
• Les recettes de pain des autres pays, parfois sous forme de galettes, seraient étudiées pour savoir si elles sont aussi adaptées à des profils de clients.

Et enfin, chaque soir, les enseignes au lieu de jeter leurs invendus, mettraient en place une démarche éthique de partage avec les plus nécessiteux en s’organisant avec les associations.

Industrialiser son entreprise pour répondre à son besoin de croissance accélérée a du sens, tout comme créer des méthodes plus efficientes pour continuer à produire davantage.

Je crois aussi que ce pan de la restauration doit maintenant s’interroger, non pas sur le « plus », mais sur le « mieux » produire et ne plus penser que le seul monopole des emplacements, les autorise à faire payer au plus cher, le pire.

 

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